Essai thérapeutique : la molécule nommée Bia 10-2474 en cause ?

L’essai thérapeutique de phase 1 qui a conduit à l’hospitalisation de six personnes, dont une personne en état de mort cérébrale et cinq autres dans un « état grave » au (Centre Hospitalier Universitaire) de Rennes portait sur l’évaluation d’une molécule Bia 10-2474 contenue dans un médicament susceptible de traiter les troubles de l’humeur et de l’anxiété, la douleur, mais aussi les troubles neurologiques moteurs de la maladie de Parkinson.

Un essai thérapeutique qui tourne mal

La molécule évaluée a été mise au point par BIAL – Portela & Cª., S.A., le leader de l’industrie pharmaceutique portugaise mais c’est un laboratoire privé agréé, Biotrial de Rennes, qui a mis en place l’essai de phase 1 et testé ce médicament auprès de 90 personnes en bonne santé, âgées entre 18 et 55 ans. Ces volontaires se sont vus administrer cette molécule, à des doses variables à partir du 7 janvier. Le 10 janvier, des symptômes inquiétants sont apparus sur le patient aujourd’hui en état de mort cérébrale. Les cinq autres patients hospitalisés à leur tour souffrent de « troubles neurologiques » qui pourraient être irréversibles.

Autorisé le 26 juin dernier par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), cet essai clinique de phase I avait reçu un avis favorable du Comité de Protection des Personnes Ouest VI le 3 juillet 2015.

Suite à cet accident grave, le laboratoire BIAL – Portela & Cª., S.A., a informé l’ANSM et la société Biotrial, responsable de la mise en œuvre de l’essai de son interruption qui est survenu dès le lundi 11 janvier.

Tous les volontaires de l’étude ont quant à eux été contactés et invités à subir un IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) au CHU de Rennes.

Le protocole d’administration de l’essai de phase I respecté par Biotrial

Selon Marisol Touraine, la ministre de la santé, qui s’est rendue hier sur place pour tenir une conférence de presse, cet essai visait à évaluer les effets du médicament. Comme dans tous les protocoles d’essai thérapeutique de phase 1, les molécules ont d’abord été administrées en dose unique, dans un deuxième temps, elles ont été données en doses multiples (le traitement est alors pris plusieurs fois, sur plusieurs jours d’affiliée) puis enfin, dans le cadre de la prise d’un repas.

Ce sont ainsi, selon la ministre, les hommes  qui ont pris les plus fortes doses du médicament, et de façon répétée, qui ont été hospitalisés dans un état grave.

Quel médicament a été administré et à quoi sert-il ?

Contrairement à ce qui avait été annoncé, le médicament administré ne contenait pas de cannabis ou de produit dérivé du cannabis, mais avait pour effet d’augmenter le taux de « cannabinoïdes endogènes », comme l’a expliqué Marisol Touraine au cours de son allocution au CHU de Rennes.

Selon le fabricant, cette molécule, nommée Bia 10-2474, agit en inhibant l’enzyme hydrolase d’amide d’acide gras (FAAH) qui est responsable de la dégradation de l’anandamide, un neurotransmetteur cannabinoïde endogène présent naturellement dans le cerveau des animaux et des êtres-humains.

Considéré comme une « molécule fragile »,  car ses effets sont de courtes durées, l’anandamide agirait dans le contrôle de l’alimentation, les rythmes du sommeil et le soulagement de la douleur.

En bloquant l’enzyme FAAH, le médicament testé devait permettre au cerveau de retrouver un niveau « correct » d’anandamide  en augmentant le nombre de « cannabinoïdes endogènes » et ainsi d’agir sur les troubles de l’humeur et de l’anxiété.

Des enquêtes en cours pour déterminer les causes de ce drame

Malheureusement et contrairement à ce qui était attendu, les résultats de l’essai ont conduit à un « accident grave ». Pourquoi ? Les effets graves observés sont-ils liés à la nature même du médicament ? A un surdosage ?

Marisol Touraine, lors de sa visite aux familles des patients hospitalisés, a indiqué que toute la lumière serait faite pour comprendre l’origine de cet accident. Afin de répondre à ces questions, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) a d’ores et déjà était saisie par le ministère de la Santé et des Affaires sociales et enquête dès ce samedi dans les locaux de Biotrial.

De son côté, l’ANSM a entamé une « procédure d’inspection technique ».

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