Les contrôles officiels montrent que les pesticides dans les fruits et légumes respectent, dans leur grande majorité, les limites légales de résidus. En 2024, 98,8 % des échantillons du programme européen coordonné étaient conformes, et 43,1 % ne contenaient aucun résidu quantifiable. Les limites sont toutefois dépassées dans une minorité de cas, avec de fortes différences selon les produits, les poivrons et les raisins de table arrivant en tête, et selon l’origine. Voici ce que disent les données publiées par l’Autorité européenne de sécurité des aliments, comment les lire sans les déformer, et les conseils de Santé publique France pour limiter son exposition.
L’essentiel en six points
- Conformité : 98,8 % des échantillons du programme coordonné de 2024 respectent les limites légales, et 98,2 % dans les contrôles nationaux.
- Absence de résidus : 43,1 % des échantillons coordonnés et 58,4 % des échantillons des programmes nationaux n’avaient aucun résidu quantifiable.
- Produits en tête : poivrons (4,7 % de dépassements), raisins de table (4,3 %) et pamplemousses (3,7 %).
- Origine : les produits importés de pays tiers sont environ cinq fois plus souvent non conformes que ceux issus de l’Union européenne.
- Risque pour la santé : l’EFSA le juge faible pour les consommateurs.
- Précautions : Santé publique France conseille de laver et de peler les fruits et légumes, y compris ceux du bio, et de varier les sources.

Pesticides dans les fruits et légumes : comment sont-ils contrôlés ?
Chaque pesticide autorisé est associé à une limite maximale de résidus, ou LMR, fixée pour chaque aliment. Les autorités des pays européens prélèvent des échantillons, les font analyser et transmettent les résultats à l’EFSA, qui publie un rapport annuel. Celui de 2024, mis en ligne le 5 mai 2026, repose sur plus de 125 000 échantillons issus de trois programmes.
Le premier est le programme coordonné de l’Union européenne. Il cible chaque année les mêmes douze produits très consommés, choisis pour donner une image représentative du marché, et la liste se répète tous les trois ans pour suivre les tendances. En 2024, il portait sur les aubergines, les bananes, le brocoli, les champignons de culture, les pamplemousses, les melons, les poivrons, les raisins de table, l’huile d’olive vierge, le blé, la graisse de bœuf et les œufs, soit 9 842 échantillons. Le deuxième regroupe les contrôles nationaux, avec 86 449 échantillons. Le troisième concerne les renforcements temporaires des contrôles à l’importation, avec 39 433 échantillons de lots retenus à la frontière tant que les résultats ne sont pas connus.
Un point de vocabulaire aide à lire les chiffres. Une limite peut être dépassée en valeur numérique sans que l’échantillon soit déclaré non conforme : la non-conformité n’est retenue qu’après prise en compte de l’incertitude de mesure. En cas de non-conformité, les autorités agissent en proportion du risque pour le consommateur. À la frontière, un lot retenu n’est mis sur le marché que si les résultats confirment sa conformité.
Ce que montrent les résultats de 2024
Dans le programme coordonné, 98,8 % des échantillons sont conformes, un résultat proche des 98,7 % de 2021 pour les mêmes produits. Aucun résidu mesurable n’apparaît dans 43,1 % des cas, et 54,5 % contiennent un ou plusieurs résidus dans les limites légales. Les limites sont dépassées dans 2,4 % des échantillons, dont 1,2 % sont jugés non conformes.
Dans les contrôles nationaux, la conformité atteint 98,2 %, après 98 % en 2023 et 97,8 % en 2022. Près de 60 % des échantillons (58,4 %) ne contiennent aucun résidu mesurable, 38,3 % en contiennent dans les limites, et 3,3 % dépassent les limites, dont 1,8 % non conformes. Parmi les 39 433 échantillons issus des contrôles renforcés à l’importation, 5,5 % dépassent les limites et 3,6 % sont non conformes ; ces lots sont bloqués avant d’entrer sur le marché européen.
L’EFSA évalue aussi l’exposition réelle des consommateurs. Pour 333 des 334 substances évaluées, la probabilité de dépasser la dose journalière admissible est inférieure à un consommateur sur un million. L’agence conclut que le risque lié à l’alimentation reste faible pour la plupart des groupes de population, tout en recommandant de poursuivre les contrôles.
Quels fruits et légumes dépassent le plus les limites ?
Pour les produits du programme coordonné, l’EFSA publie le taux de dépassement de la LMR en 2024 :
- Poivrons : 4,7 %.
- Raisins de table : 4,3 %.
- Pamplemousses : 3,7 %, contre 9,9 % en 2021.
- Aubergines, brocoli et champignons de culture : 2,2 % chacun.
- Melons : 1,8 %.
- Bananes : 1,6 %, contre 2,3 % en 2021.
Il faut lire ce classement avec précaution. Il mesure la fréquence des dépassements de la limite légale, pas la quantité de pesticides que l’on avale, et il ne couvre que douze produits sur les centaines vendus. Les données publiques ne permettent donc pas de dresser un palmarès des fruits et légumes « les moins contaminés ». On peut seulement dire quels produits, parmi ceux qui ont été analysés, dépassent le moins souvent les limites, ce qui est le cas des bananes et des melons face aux poivrons et aux raisins. L’EFSA recommande d’ailleurs de continuer à surveiller les poivrons, les raisins de table et les pamplemousses.

Produits européens et importés : un écart marqué
L’origine des produits fait aussi la différence. Dans le programme coordonné, les dépassements atteignent 4,8 % et les non-conformités 2,6 % pour les produits venus de pays tiers, soit environ trois fois plus que pour ceux cultivés dans les pays déclarants. Dans les contrôles nationaux, hors renforcement à l’importation, le taux de non-conformité est de 5,2 % pour les produits de pays tiers contre 1 % pour les produits de l’Union européenne. Le taux le plus élevé concerne les grenades, les citrons et les tomates originaires de Turquie.
Les contrôles renforcés à l’importation ont d’ailleurs augmenté : 39 433 échantillons ont été rapportés en 2024, soit 39 % de plus qu’en 2023. Un lot qui dépasse les limites est bloqué à la frontière. Un produit déjà vendu peut aussi faire l’objet d’un rappel, comme le rappel de melons Charentais vendus chez Lidl ou les rappels de fruits pour pesticides de septembre. Notre guide pour vérifier un rappel produit explique comment se faire rembourser.
Le bio réduit les résidus sans les supprimer
L’agriculture biologique interdit l’usage de pesticides chimiques de synthèse. Les agriculteurs bio doivent prendre des précautions contre les contaminations extérieures, mais des résidus peuvent encore être détectés. Selon le ministère de l’Économie, les plans de contrôle officiels de la DGCCRF montrent que plus de 95 % des produits bio contrôlés ne contiennent pas de résidus de pesticides. L’EFSA observe de son côté que les dépassements de limites sont moins fréquents dans les produits bio que dans les produits conventionnels, pour toutes les catégories sauf les produits animaux. Cette exception vient du cuivre, autorisé en agriculture biologique et utilisé aussi ailleurs.
Le Haut Conseil de la santé publique conseille de privilégier le bio pour limiter l’exposition aux pesticides, avec une exception pour les contaminants persistants comme les dioxines. Il rappelle aussi qu’un produit bio gras ou sucré n’est pas meilleur pour la santé sur le plan nutritionnel. Sur le budget, notre article sur les prix des fruits et légumes pendant la canicule fait le point.
Laver, peler, varier : les conseils de Santé publique France
Pour réduire l’exposition aux pesticides dans les fruits et légumes, Santé publique France donne quatre consignes.
- Peler et laver soigneusement les fruits et légumes avant de les consommer, ce qui vaut aussi pour les produits issus de l’agriculture biologique.
- Diversifier l’alimentation et les sources d’approvisionnement.
- Privilégier les fruits et légumes de saison et les produits locaux.
- Consommer si possible des produits issus de l’agriculture biologique.
Ces recommandations portent sur la manière de choisir et de préparer les fruits et légumes. Retrouvez les alertes du moment dans la rubrique rappels et sécurité.
Questions fréquentes
Les fruits et légumes vendus en Europe contiennent-ils des pesticides ?
Souvent oui, mais presque toujours dans les limites légales. En 2024, 43,1 % des échantillons du programme européen coordonné n’avaient aucun résidu mesurable, 54,5 % avaient des résidus dans les limites, et 2,4 % dépassaient les limites.
Quels fruits et légumes dépassent le plus les limites ?
Parmi les produits du programme coordonné en 2024, les poivrons (4,7 %), les raisins de table (4,3 %) et les pamplemousses (3,7 %). Les bananes (1,6 %) et les melons (1,8 %) figurent parmi ceux qui dépassent le moins.
Les produits importés sont-ils plus concernés ?
Oui. Dans les contrôles nationaux, le taux de non-conformité est de 5,2 % pour les produits de pays tiers, contre 1 % pour les produits de l’Union européenne.
Faut-il laver et éplucher les fruits et légumes bio ?
Santé publique France répond oui : il faut peler et laver soigneusement les fruits et légumes avant de les consommer, y compris ceux qui sont issus de l’agriculture biologique.
Ces résidus présentent-ils un risque pour la santé ?
L’EFSA estime que le risque pour les consommateurs est faible, sur la base de ses évaluations de l’exposition alimentaire. Elle recommande toutefois de poursuivre les contrôles.