Un objet connecté est un maillon faible s’il est mal configuré. Enceinte, caméra, ampoule, thermostat, baby-phone ou prise connectée : chaque appareil relié à internet peut être piraté ou livrer des informations personnelles. Trois gestes règlent l’essentiel : changer le mot de passe par défaut dès l’installation, faire les mises à jour, sécuriser le Wi-Fi. Et pour les caméras, la loi interdit de filmer la voie publique.
Ce guide de la maison connectée s’appuie sur les 10 bonnes pratiques de Cybermalveillance.gouv.fr (fiche du 18 août 2025) et sur les conseils de la CNIL. Il indique quoi vérifier avant l’achat, comment configurer, ce que la loi autorise pour les caméras et comment se séparer d’un objet sans laisser de données.
L’essentiel en sept points
- Avant l’achat : renseignez-vous sur l’objet, ses fonctions, les données qu’il collecte et ses failles connues.
- Mot de passe : changez le mot de passe par défaut dès la première utilisation. Ceux des fabricants sont trop faibles, faciles à deviner ou publiquement connus.
- Mises à jour : installez-les dès qu’elles sont disponibles, sur l’objet, son application, votre téléphone et votre box.
- Wi-Fi : mot de passe solide et chiffrement WPA2, un réseau distinct pour les objets si possible.
- Caméras : vous pouvez filmer l’intérieur de votre propriété, pas la voie publique, même pour surveiller votre voiture garée devant chez vous.
- Vie privée : pseudonyme, minimum d’informations, partage sur les réseaux sociaux désactivé, objet éteint quand il ne sert pas.
- Revente ou mise au rebut : effacez les données, supprimez le compte, réinitialisez aux paramètres d’usine.

Pourquoi les objets connectés sont un point faible
Un objet connecté est un matériel électronique relié, directement ou non, à internet : enceintes, montres, ampoules, thermostats, téléviseurs, réfrigérateurs, jouets, caméras, alarmes, baby-phones. Comme tout équipement informatique, il peut présenter des vulnérabilités. Ces objets sont souvent insuffisamment sécurisés et forment le maillon faible de votre environnement numérique.
Cybermalveillance.gouv.fr cite deux cas. En 2019, une petite fille de 3 ans dit à ses parents qu’une voix lui parle dans le baby-phone vidéo. Un pirate avait pris le contrôle de la caméra à distance et parlait à l’enfant. En 2018, un casino a vu sa base de données de gros clients piratée par le thermomètre connecté, mal sécurisé, d’un aquarium.
Avant d’acheter
Informez-vous sur les caractéristiques de l’objet, son fonctionnement, ses interactions avec vos autres appareils et les données qu’il collecte. Vérifiez qu’il ne présente pas de failles de sécurité connues, en consultant des sites spécialisés, le site du fabricant et les avis de consommateurs.
Quelques questions à se poser :
- L’objet fonctionne-t-il sans compte en ligne ? Sinon, quelles données part-il chercher ?
- Le fabricant propose-t-il des mises à jour de sécurité, et pendant combien de temps ?
- Peut-on supprimer ses données et le compte associé ?
- Les avis de consommateurs signalent-ils un problème de sécurité ou de confidentialité ?
- Les données collectées sont-elles sensibles (santé, enfants, images de l’intérieur) ?
La CNIL demande d’être d’autant plus vigilant quand l’objet produit des données sensibles, sur votre santé ou sur vos enfants.
Les 10 bonnes pratiques de Cybermalveillance.gouv.fr
- 1. Vous renseigner avant l’achat sur l’objet et ses failles connues.
- 2. Changer les mots de passe par défaut dès la première utilisation, avec un mot de passe long et complexe. Le conseil vaut pour tous les appareils de votre réseau.
- 3. Mettre à jour sans tarder les objets et leurs applications. Si possible, activez les mises à jour automatiques.
- 4. Protéger vos informations personnelles : mot de passe solide et différent pour le compte en ligne, minimum d’informations, pseudonyme, adresse de messagerie dédiée aux objets.
- 5. Vérifier les paramètres de sécurité : l’objet ne doit pas permettre à d’autres de s’y connecter sans un bouton d’accès ou un mot de passe. Désactivez le partage des données sur les réseaux sociaux si vous ne l’utilisez pas.
- 6. Éteindre les objets quand vous ne vous en servez pas.
- 7. Mettre à jour les appareils raccordés (téléphone, tablette, ordinateur) et la box, en la redémarrant régulièrement, car c’est par elle que vos objets se connectent.
- 8. Sécuriser le Wi-Fi avec un mot de passe solide et le chiffrement WPA2, que la fiche cite comme la méthode de référence.
- 9. Limiter l’accès des objets aux autres appareils. Ils n’ont pas à communiquer entre eux si ce n’est pas nécessaire : la poupée connectée de l’enfant n’a pas besoin de dialoguer avec le réfrigérateur. Si vous le pouvez, utilisez les objets sur un réseau distinct.
- 10. Supprimer les données et réinitialiser l’objet quand vous ne vous en servez plus.
Le Wi-Fi et la box : le socle
Vos objets passent par votre box. Trois réglages comptent.
- Un mot de passe Wi-Fi long, différent de celui de l’administration de la box.
- Le chiffrement WPA2 activé. Si votre box propose un chiffrement plus récent, préférez-le.
- Un réseau distinct pour les objets connectés, quand votre équipement le permet : Cybermalveillance.gouv.fr cite le réseau privé virtuel ou le VLAN. Un objet piraté est alors plus difficile à utiliser pour atteindre vos autres appareils.
La CNIL recommande aussi de sécuriser par un mot de passe l’écran de déverrouillage du smartphone ou de la tablette qui sert de télécommande.

Caméras chez soi : ce que la loi permet
La CNIL rappelle que vous pouvez installer des caméras à votre domicile pour le sécuriser, notamment contre les cambriolages. Ces dispositifs échappent aux règles de la protection des données seulement s’ils sont limités à la sphère strictement privée. Dans tous les cas, ils doivent respecter la vie privée des voisins, des visiteurs et des passants.
Voici les principes à respecter.
- Vous ne pouvez filmer que l’intérieur de votre propriété : maison, appartement, jardin, chemin d’accès privé.
- Vous n’avez pas le droit de filmer la voie publique, même pour assurer la sécurité de votre véhicule garé devant chez vous.
- Respectez le droit à l’image de votre famille, de vos amis et de vos invités.
- Si des personnes extérieures au cercle familial interviennent chez vous (aide-soignant, nounou), informez-les de l’existence des caméras et de leur but, par un affichage ou dans le contrat de l’employé de maison.
- Les caméras ne doivent pas filmer en permanence un salarié à domicile pendant son activité.
- Si une société de surveillance enregistre vos images, lisez le contrat : durée de conservation, obligations de sécurité, conditions d’accès aux images.
Si le dispositif d’un voisin ne respecte pas ces règles, vous pouvez saisir le service des plaintes de la CNIL, la police, la gendarmerie ou la police municipale, le procureur de la République ou le tribunal civil. L’enregistrement de l’image d’une personne à son insu dans un lieu privé est puni par le Code pénal.
Enceintes, jouets et objets qui écoutent
La CNIL invite à rester attentif à la vie privée, la vôtre et celle des autres, quand un objet est associé à un réseau social : désactivez le partage automatique des données. Assurez-vous de pouvoir accéder aux données de l’objet et les supprimer, et éteignez-le quand il ne sert pas ou pour éviter qu’il capte des données sensibles.
Pour les comptes en ligne :
- utilisez des pseudonymes plutôt que vos vrais nom et prénom quand c’est possible ;
- ne donnez que le minimum d’informations nécessaire (une date de naissance approximative si le service veut seulement savoir votre âge) ;
- créez une adresse de messagerie différente pour chaque objet ou service, et évitez une adresse partagée par tout le foyer ;
- utilisez un mot de passe fort et différent de vos autres comptes.
Un exemple utile : la prise connectée qui mesure la consommation
La domotique n’est pas qu’un risque. Une prise connectée avec suivi de consommation permet de repérer un appareil qui consomme beaucoup, comme un radiateur d’appoint ou un vieux congélateur. À titre d’exemple, la prise connectée Tapo P110 (modèle type E), annoncée avec suivi de consommation et compatible Alexa et Google Home, est affichée autour de 11 euros sur Amazon au moment de la rédaction. Appliquez-lui les règles ci-dessus : mot de passe fort pour le compte, mises à jour, et vérification de ce que l’application partage. Notre guide de l’électroménager basse consommation donne d’autres repères pour mesurer et réduire une facture.
Revente, don, mise au rebut
Avant de vous séparer d’un objet connecté (vente, panne, don, vol), suivez la CNIL et Cybermalveillance.gouv.fr :
- supprimez l’association de l’objet avec vos comptes, notamment vos réseaux sociaux ;
- effacez les données sur l’objet et supprimez le compte en ligne s’il ne sert plus ;
- réinitialisez l’objet aux paramètres d’usine, ce qui efface aussi par exemple votre mot de passe Wi-Fi qu’il pouvait contenir.
Notre dossier sur le smartphone détaille la même démarche pour un téléphone.
Une installation en dix minutes
- Branchez l’objet et changez tout de suite le mot de passe par défaut.
- Créez le compte avec une adresse dédiée et un mot de passe unique. Notre guide de protection des données personnelles donne les recommandations de la CNIL.
- Activez les mises à jour automatiques.
- Désactivez les fonctions inutiles, notamment le partage sur les réseaux sociaux.
- Placez l’objet sur un réseau distinct si votre box le permet.
- Notez la date d’installation, et vérifiez de temps en temps qu’une mise à jour est proposée.
- Retrouvez nos autres conseils dans la rubrique technologie.
Questions fréquentes
Pourquoi changer le mot de passe par défaut d’un objet connecté ?
Les mots de passe des fabricants sont généralement trop faibles : peu de caractères, faciles à deviner ou publiquement connus. Il faut les changer dès la première utilisation, par un mot de passe long et complexe.
Peut-on filmer devant chez soi avec une caméra ?
Non, pas la voie publique, y compris pour surveiller sa voiture garée devant le domicile. On peut filmer l’intérieur de sa propriété : maison, jardin, chemin d’accès privé.
Que faire si un voisin filme mon logement ?
Vous pouvez saisir le service des plaintes de la CNIL, la police ou la gendarmerie, le procureur de la République ou le tribunal civil.
Faut-il informer les personnes filmées ?
Oui, si des personnes extérieures à la famille ou au cercle amical interviennent chez vous (nounou, aide-soignant). Un affichage ou une mention dans le contrat suffit pour l’information.
Comment sécuriser le Wi-Fi pour les objets connectés ?
Un mot de passe solide, le chiffrement WPA2 et, si possible, un réseau distinct pour les objets, afin de limiter l’impact d’un piratage.
Que faire avant de revendre un objet connecté ?
Supprimer son association avec vos comptes, effacer les données, supprimer le compte en ligne s’il ne sert plus, puis le réinitialiser aux paramètres d’usine.
Faut-il éteindre ses objets connectés ?
Oui, quand vous ne vous en servez pas : cela réduit les risques de piratage, de vol de données ou d’intrusion.