Les nanoparticules se repèrent sur l’étiquette grâce à une mention obligatoire : le mot « nano » entre crochets, placé après le nom de l’ingrédient, dans les cosmétiques comme dans les aliments. Mais tout ne passe pas par l’étiquette. En France, 340 000 tonnes de substances à l’état nanoparticulaire ont été déclarées en 2025 au registre R-nano, géré par l’Anses. Voici ce que la loi impose, où l’on en trouve, ce que l’Anses dit du dioxyde de titane et comment vérifier un produit.
L’essentiel en six points
- Définition : un nanomatériau manufacturé a au moins une dimension comprise entre 1 et 100 nanomètres.
- Étiquette : le nom de l’ingrédient est suivi du mot « nano » entre crochets, dans les cosmétiques et dans les aliments.
- Registre : le dispositif R-nano oblige à déclarer chaque année les substances nanoparticulaires mises sur le marché à plus de 100 grammes par an.
- Dioxyde de titane : interdit dans l’alimentation (France depuis le 1er janvier 2020, Union européenne depuis janvier 2022), autorisé en cosmétique comme colorant et filtre UV.
- Débat : la définition européenne des nanomatériaux ne fait pas consensus et fait l’objet de révisions.
- Vérification : lire la liste des ingrédients est le geste le plus direct pour un consommateur.

Nanoparticules : de quoi parle-t-on exactement ?
Les nanomatériaux manufacturés sont des matériaux façonnés par l’être humain à l’échelle du nanomètre. Les substances à l’état nanoparticulaire se présentent sous forme de particules dont au moins une dimension est comprise entre 1 et 100 nanomètres. Elles ont été développées pour des propriétés liées à leur taille, à leur structure ou à leur surface. Elles sont passées de la recherche à la commercialisation dans des secteurs variés, de la santé à l’énergie en passant par les transports.
Le ministère de la Transition écologique rappelle que leurs risques potentiels sont encore mal compris. Une substance nanoparticulaire peut présenter un profil de danger différent de celui de sa forme non nanoparticulaire. Elle peut traverser les barrières biologiques, persister dans l’environnement ou s’accumuler dans les organismes. Les connaissances sont incomplètes, et les études de toxicité sont difficiles à exploiter. Il serait donc faux de dire que toutes les nanoparticules sont dangereuses, et tout aussi faux de dire qu’aucune ne l’est.
La mention « nano » sur les étiquettes : ce que la loi impose
L’Europe impose l’information du consommateur dans deux domaines où l’on en trouve souvent.
- Les cosmétiques : le règlement européen du 30 novembre 2009 impose d’indiquer clairement, dans la liste des ingrédients, tout ingrédient présent sous la forme d’un nanomatériau. Son nom est suivi du mot « nano » entre crochets.
- Les aliments : le règlement européen de 2011 sur l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires impose la même règle pour les ingrédients qui se présentent sous forme de nanomatériaux manufacturés.
Concrètement, on cherche, dans la liste des ingrédients, un nom suivi de « [nano] ». Un ingrédient comme le dioxyde de titane apparaîtrait sous la forme « titanium dioxide [nano] » dans la nomenclature internationale des cosmétiques. Cette lecture prend une minute et ne coûte rien.
Deux limites existent. La mention ne vise que les nanomatériaux qui entrent dans la définition retenue par chaque texte, et cette définition ne fait pas consensus, on y revient plus bas. Et elle ne s’applique qu’aux produits dont l’étiquette énumère des ingrédients : des peintures ou des produits phytopharmaceutiques relèvent d’autres textes.
Où trouve-t-on des nanoparticules en France ? Les chiffres du registre R-nano
La France a été le premier pays à légiférer sur le sujet en mettant en place un dispositif de déclaration, issu du Grenelle de l’environnement. Appelé R-nano et géré par l’Anses, il est entré en vigueur en 2013. Il oblige les producteurs, importateurs et distributeurs à déclarer chaque année les substances à l’état nanoparticulaire mises sur le marché français à plus de 100 grammes par an. La déclaration précise leur identité, leur quantité et leur usage.
La campagne 2025, dont le rapport a été publié en janvier 2026, donne ces ordres de grandeur.
- 340 000 tonnes de substances nanoparticulaires ont été déclarées en 2025 et mises sur le marché français en 2024, dont 225 400 tonnes produites en France et 114 500 tonnes importées.
- Entre 2020 et 2025, les quantités totales déclarées ont augmenté de plus de 18 %.
- Un peu plus de 9 000 déclarations ont été faites, pour 188 catégories de substances et 1 092 entités françaises déclarantes.
- En 2024, cinq substances représentent 99 % du tonnage produit en France. Ce sont la silice, le noir de carbone, le dioxyde de titane, un mélange de dioxyde de cérium et de zirconium, et l’oxyde d’aluminium.
Côté produits, les produits phytopharmaceutiques sont les plus déclarés en 2025, devant les cosmétiques et les produits de soins personnels, puis les revêtements et les peintures. Ces chiffres sont des tonnages déclarés : ils ne disent pas combien de produits de votre salle de bains contiennent des nanoparticules.
Le dioxyde de titane : de l’E171 aux cosmétiques
Le dioxyde de titane est le cas le mieux documenté. Il sert pour sa capacité à absorber les rayons ultraviolets et comme colorant blanc, et il entre dans les peintures, les cosmétiques, les médicaments, les produits de construction et les dentifrices. Sous forme nanométrique, il fait partie des quatre nanomatériaux les plus utilisés en France, avec plus de 10 000 tonnes produites et importées par an, selon l’Anses.
Pour l’alimentation, l’histoire est réglée. Sous le nom d’additif E171, il servait dans les confiseries, les pâtisseries et les plats cuisinés. La mise sur le marché de denrées contenant cet additif est suspendue en France depuis le 1er janvier 2020. Cette suspension fait suite à l’avis de l’Anses de 2019 sur sa toxicité par voie orale. L’Union européenne l’a ensuite interdit à partir de janvier 2022, avec une période de transition de six mois. Cette décision s’appuie sur l’évaluation de l’Autorité européenne de sécurité des aliments, qui pointe une capacité potentielle à endommager l’ADN.
Pour les cosmétiques, il est toujours autorisé comme colorant et comme filtre UV, dans le cadre du règlement européen de 2009. En 2024, le comité scientifique de la Commission européenne pour la sécurité des consommateurs a toutefois conclu qu’il n’était pas possible d’exclure un effet génotoxique de la plupart des formes utilisées en cosmétique. De son côté, l’Anses indique que la capacité du dioxyde de titane à altérer l’ADN est toujours débattue. L’inhalation peut aussi provoquer des tumeurs pulmonaires chez le rat, ce qui soulève la question de l’exposition des travailleurs.
Une définition qui ne fait pas consensus
La Commission européenne a publié en 2011 une recommandation définissant les nanomatériaux, ensuite adaptée dans plusieurs règlements : cosmétiques, REACH, nouveaux aliments, biocides et produits phytopharmaceutiques. Selon le ministère, cette définition n’a pas permis l’harmonisation souhaitée. La Commission a publié en 2022 une nouvelle recommandation, qui a fait l’objet d’un avis de l’Anses en avril 2023 soulignant des lacunes.
Pour la rendre opposable, un acte délégué a été publié en mars 2024 pour le règlement sur les nouveaux aliments, mais le Parlement européen s’y est opposé, jugeant que la définition méconnaissait le principe de précaution en retenant un seuil de 50 % de particules en nombre. Les révisions à venir des règlements REACH et cosmétiques devraient être l’occasion de revoir les dispositions sur les nanomatériaux. Autrement dit, ce qui compte comme « nano » sur une étiquette peut évoluer.
Comment vérifier soi-même
- Lisez la liste d’ingrédients d’un cosmétique ou d’un aliment, et cherchez un nom suivi de « [nano] ».
- Méfiez-vous des mentions vagues. Une allégation comme « sans nanoparticules » n’a de valeur que si la marque peut la justifier : demandez-lui les éléments.
- Comparez deux références quand vous avez un doute : la liste d’ingrédients d’un produit équivalent peut différer.
- Signalez une étiquette qui vous paraît incomplète sur SignalConso, le service de la DGCCRF.
- Consultez les rapports annuels R-nano publiés par le ministère pour comprendre les tonnages et les usages.
Notre guide pour vérifier un rappel produit et se faire rembourser complète ces gestes si un produit fait l’objet d’une alerte. Notre article sur les lingettes démaquillantes lavables montre un cas où la composition d’un cosmétique compte. Retrouvez d’autres alertes dans la rubrique rappels et sécurité.
Questions fréquentes
Que signifie « [nano] » sur une étiquette ?
Que l’ingrédient qui précède se présente sous forme de nanomatériau manufacturé, au sens du texte applicable. La règle vaut pour les cosmétiques et pour les aliments.
Le dioxyde de titane est-il interdit en France ?
Pas partout. Comme additif alimentaire, il n’est plus autorisé : suspendu en France depuis le 1er janvier 2020, interdit dans l’Union européenne à partir de janvier 2022. Il est toujours autorisé dans les cosmétiques comme colorant et filtre UV.
Les nanoparticules sont-elles dangereuses ?
Cela dépend de la substance, de sa forme et de l’exposition. Le ministère de la Transition écologique note qu’une substance nanoparticulaire peut présenter un profil de danger différent de sa forme non nanoparticulaire, et que les connaissances sont incomplètes.
Combien de nanomatériaux sont mis sur le marché en France ?
340 000 tonnes ont été déclarées en 2025 au registre R-nano pour des substances mises sur le marché en 2024. Elles se répartissent en 225 400 tonnes produites en France et 114 500 tonnes importées.
Qui gère le registre R-nano ?
L’Anses, depuis 2013. Producteurs, importateurs et distributeurs doivent y déclarer chaque année les substances nanoparticulaires mises sur le marché à plus de 100 grammes par an.